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Les grandes tendances du Village Legaltech 2018

29 novembre 2018 Legaltech Par:

Les 27 et 28 novembre 2018, les principaux acteurs de la legaltech en France se sont retrouvés au cœur de la Cité des Sciences à Paris pour échanger et trouver des solutions (entre autres) aux problématiques de la profession d’avocat.

Ce salon français de la legaltech met à l’honneur l’innovation avec l’intelligence artificielle, le Big Data ou encore la blockchain, mais également les questions de modèles économiques ou de marché du droit, de management et de ressources humaines. 

La profession d’avocat à l’horizon 2030

A l’image des technologies et solutions au cœur du salon, le Village Legaltech est décidément tourné vers l’avenir en ouvrant sur une séance inaugurale intitulée « anticiper l’horizon 2030 ». L’occasion pour revenir, en guise d’introduction, sur les grandes tendances de la décennie à venir : la croissance et redistribution de la population, l’urbanisation, le réchauffement climatique, la globalisation, sans oublier l’évolution des technologies.

Autant de bouleversements que les avocats doivent appréhender puisqu’ils auront un impact certain sur la manière dont les avocats et professionnels du droit vont servir leurs clients.

Plusieurs grosses tendances ont émergé du Village Legaltech, définissant les axes de changement de la profession pour les années à venir :

L’avocat ne doit pas avoir peur de la technologie

Par définition, la legaltech est « la technologie au service du droit », elle ne doit donc pas effrayer l’avocat. Il s’agit d’un outil, d’un ensemble de services dont l’avocat doit s’emparer pour développer son activité et inventer les métiers juridiques de demain.

Pour Dan Kohn, Directeur de la Prospective chez SECIB, la legaltech sera bientôt tellement assimilée par la profession qu’elle disparaîtra de la discussion : « d’ici deux à trois ans on ne parlera plus de legaltech car le fait d’utiliser la technologie au service du droit deviendra quelque chose de normal et on se concentrera davantage sur le métier même des avocats, notaires, huissiers… ».

Lire aussi : Le petit guide de la legaltech pour les avocats

Automatiser et standardiser les actes à faible valeur ajoutée

« Il y a un réel intérêt pour les avocats d’automatiser ce qui peut l’être, pour ce qui n’apporte plus de valeur ajoutée », explique Isabelle de La Gorce, avocat associée chez PwC Société d’Avocats. En effet, grâce aux nombreuses solutions ayant émergées au sein de la legaltech, l’avocat dispose désormais de pléthore de moyens d’automatiser certains de ses services pour gagner en temps et en productivité.

Le niveau de standardisation des prestations proposées par l’avocat a déjà augmenté au cours de la décennie passée et va continuer de progresser. Dans ce sens il sera de plus en plus difficile de justifier des honoraires élevés du simple fait de ces tâches certes répétitives mais attendues par le client. L’automatisation dégagera du temps à l’avocat pour se concentrer sur le conseil et la défense.

Village Legaltech Seance Inaugurale
Séance inaugurale du Village de la Legaltech – échanges sur le sujet des dynamiques industrielles au service du droit : un paradoxe ou une chance d’accélérer ?

Se concentrer sur la valeur ajoutée : le « jus de cerveau »

Une fois les actes à faible valeur ajoutée automatisés, l’avocat pourra se concentrer sur ce qui apporte une réelle « valeur ajoutée sur ce qui nécessite de faire fonctionner son cerveau », explique Isabelle de La Gorce, qui parle alors de « jus de cerveau ».

Plus que les process automatisés, la « différenciation entre les cabinets se fera alors en fonction de la valeur ajoutée qu’ils seront capables d’apporter en plus de la technologie », ajoute l’avocate.

Investir dans la relation clients

La relation client, même à l’heure de la legaltech, reste une vaste problématique pour les avocats, un levier de différenciation autant que de fidélisation. Les nouvelles technologies, notamment de communication, devront être adoptées par l’avocat de demain pour s’adapter à l’évolution de la clientèle qui attend une meilleure accessibilité de son conseil mais également ne pas éviter à faire une recherche poussée sur internet avant toute consultation. Mettre en avant ses outils et process de relation client auprès de ses prospects devient indispensable pour se démarquer de la concurrence.

On prendra l’exemple de l’avocate et créatrice de legaltech Alexandra Sabbe-Ferri qui se déclare ouvertement « pour la notation des avocats » lors de la conférence d’AvoTech du Village Legaltech. Ainsi, elle explique mesurer la satisfaction de ses clients par le biais d’une enquête en ligne, de quoi identifier les forces de son cabinet mais aussi les points d’amélioration.

Lire aussi : Créez un questionnaire de satisfaction pour votre cabinet

Associer intelligence artificielle et intelligence humaine

Source de nombreuses craintes et de nombreux fantasmes, l’intelligence artificielle dans le secteur du droit soulève de nombreuses questions. Plus qu’un remplaçant, l’avocat doit plutôt voir l’intelligence artificielle comme un assistant : « on parle beaucoup de solution d’intelligence artificielle mais en réalité il s’agit plus d’assistance artificielle », rassure Dan Kohn lors de la Keynote Leglatech du salon.

L’intelligence artificielle reste pour le moment peu déployée, mise en œuvre par seulement 9% des cabinets d’avocats en France comme le révèle une étude européenne menée par les Éditions Lefebvre Sarrut, dévoilée à l’occasion du Village Legaltech. Un potentiel de valeur ajoutée encore trop peu adopté par la profession.

Village Legaltech Etude ELS
Restitution de l’étude européenne sur l’innovation dans les professions juridiques et comptables. Sur la photo : Paul Bellavoine, Directeur Délégué du Groupe ELS.

Restitution de l’étude européenne sur l’innovation dans les professions juridiques et comptables. Sur la photo : Paul Bellavoine, Directeur Délégué du Groupe ELS.

Lire aussi : L’intelligence artificielle va-t-elle remplacer les avocats ?

Le rôle des avocats face à la Data

Big Data, Smart Data… le jargon entourant l’utilisation de la donnée ne manque pas mais quid de sa fiabilité ? Par rôle et fonction, l’avocat doit plus que jamais se préoccuper de la fiabilité de la donnée, notamment dans un marché qui se digitalise comme celui du droit. L’avocat doit ainsi se charger d’assurer la traçabilité de la donnée tout au long de son traitement pour en assurer la fiabilité.

La fiabilité et la sécurisation des données est ainsi essentielle car elle a « un impact sur la qualité de l’opinion juridique et du service donné par l’avocat à son client », explique Sébastien Meunier — avocat et fondateur de Clawd Technologie — intervenant lors de la séance inaugurale du Village Legaltech. Pour cet expert, « la fiabilité de la donnée est liée à la fiabilité de l’avocat » aux yeux du justiciable, précisant que « les avocats sont à un tournant de leur évolution ». Il ajoute que « les avocats doivent jouer un rôle dans la fiabilité de la donnée en étant gardiens de certaines informations, par exemple concernant identité numérique ».

Pour Sébastien Meunier, les avocats ont ainsi tout intérêt à se regrouper dans des écosystèmes de travail où ils pourront collaborer sur ces problématiques de données. Pour l’avocat, il s’agit d’une tâche qui incombe « principalement aux avocats membres du Barreau plus que tout autre acteur juridique ».

Un langage juridique plus accessible

De nombreuses legaltechs travaillent à rendre le droit plus accessible aux justiciables, un rôle qui incombe également aux avocats. Loin des hautes technologies, de nouvelles tendances émergent pour faciliter la compréhension du droit dans le but de parfaire la relation entre l’avocat et son client.

Pour Didier Ketels, juriste belge et fondateur de Droits Quotidiens, l’accessibilité du droit passe par « la question des termes techniques utilisés » par l’avocat et prône la « clarification du langage juridique » – en opposition à la « simplification ».

61% des consommateurs sont prêts à recommander une marque parce qu’elle propose une expérience et une communication plus simple 

Source : Global Brand Simplicity Index 2017

Il ne s’agit en effet pas de « limiter les termes techniques mais de produire des contenus compréhensibles qui génèrent une action par le client ». Grâce à la mise en place de processus simples, « le langage juridique clair est un moyen d’augmenter le chiffre d’affaire de cabinets d’avocats » estime Didier Ketels.

Lire aussi : Comment bien dialoguer avec vos clients ?

Dans la même veine, le Legal Design prend de plus en plus d’essor, soulignant l’importance pour un avocat de disposer d’un support didactique pour transmettre une information à ses clients. Le Legal Design peut prendre plusieurs formes :

  • Un outil visuel qui n’est pas rédigé mais va aider le client à monter en compétences ;
  • Une étape préalable à un acte rédigé pour poser le contexte de la procédure ;
  • Un guide plus détaillé qui va intervenir au cours de la relation avec votre client.

« Vous pouvez réutiliser les termes du client dans un préambule. Cela n’a pas la même force juridique mais le client se sent compris », explique Stéphanie Marais Batardière, avocate et adepte du Legal Design pour créer une relation plus collaborative avec ses clients. 

Avocats, créez votre legaltech ?

Le Village Legaltech était également l’occasion de mettre en avant que les créateurs de legaltechs ne sont pas tous des start-ups ou des entrepreneurs : de plus en plus d’avocats se lancent dans cette aventure, la plupart regroupés au sein de l’association AvoTech.

Village Legaltech Keynote
Vue d’ensemble de l’écosystème des legaltechs en France pendant la Keynote Legaltech. Sur la photo : Christophe Albert (gauche) et Dan Kohn (droite).

Depuis l’entrée en vigueur de la loi Macron, les avocats ont en effet la possibilité de ne plus avoir une structure professionnelle unique et ont ainsi l’opportunité de réinventer leur profession, ainsi que de créer de nouveaux services à destination des justiciables et des avocats.

Pourquoi créer une legaltech lorsqu’on est avocat ? Les raisons sont en réalité nombreuses :

  • Faire face à la concurrence ;
  • Acquérir de nouveau clients ;
  • Adapter son business model aux exigences clients ;
  • Recruter et fidéliser les collaborateurs ;
  • Construire une stratégie de marque ;
  • Tirer parti de la judiciarisation croissante de la société.

Développer son activité en développant une legaltech peut ainsi être un réel atout pour l’avocat, qui propose des services plus qualitatifs et différenciant à ses clients, mais peut également collaborer avec des confrères sur la digitalisation de la profession.


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