Avocat au Barreau de Paris, Ludovic Blanc est fortement attaché à quatre principes : accessibilité, disponibilité, réactivité et créativité. 

Friand de nouvelles technologies et d'innovation, il nous livre son point de vue et ses conseils à propos des évolutions de la profession d'avocat. 

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Ludovic Blanc est avocat en droit social depuis 6 ans

Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

J’ai poursuivi mes études de droit à Lyon jusqu’à l’École des Avocats que j’ai intégrée en 2010 et pendant laquelle j’ai eu la chance de présider l’Association des élèves avocats de la région Rhône-Alpes. Arrivé à Paris pour effectuer mes stages, la vice-présidence de la Fédération nationale des élèves avocats (FNEA) m’a été confiée. Nos travaux sur la formation nous avaient alors permis de rencontrer la Commission formation du Conseil National des Barreaux (CNB) avant la réforme de 2012.

Concomitamment, mes stages exclusivement orientés en droit social m’ont conduit, une fois le CAPA en poche, à intégrer la profession comme collaborateur libéral dans une structure de niche spécialisée en la matière.

L’an dernier, après 5 ans de Barreau, j’ai décidé de m’installer et de fonder mon Cabinet, dont l’activité est dédiée au droit social pour une clientèle principalement composée d’entreprises et d’organisations professionnelles.

Je suis également impliqué dans la profession au travers de mes engagements au sein de l’Association des avocats conseils d’entreprise (ACE) et de l’Incubateur du Barreau de Paris notamment. En parallèle, je suis Responsable de la Section Boxe du Barreau de Paris

 

Votre site Internet est un modèle en la matière. Est-il indispensable pour vous de développer une présence numérique ?

Créer mon site internet a été la priorité : pour tout avocat, ce devrait être aujourd’hui un réflexe équivalent à celui qui consistait, à l’époque, à “poser sa plaque”.

La présence numérique est indispensable pour l’avocat : internet, c’est l’accessibilité. Or, c’est le plus souvent ce qui est reproché aux avocats, ne pas être suffisamment accessibles.

Parallèlement, les études montrent que l’avocat reste la voie privilégiée pour exercer ses droits.

La conclusion est simple : les avocats ont leur avenir entre leurs mains, à condition d’en prendre conscience. Et cet avenir passe par une adaptation de nos pratiques à l’évolution des attentes de notre société, des particuliers comme des entreprises.

Il est indispensable que les instances de la profession accompagnent intelligemment et de manière constructive ce mouvement, au premier rang desquels le Conseil National des Barreaux (CNB).

Ce n’est qu’ainsi que la profession pourra justifier aux yeux de la société la légitimité du rôle que la loi nous confie.

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La concurrence pour les avocats est de plus en plus forte : initiée par les forums gratuits, elle prend désormais la forme de legal techs créatrices de droit. Est-il possible pour les avocats de cohabiter sereinement avec ces concurrents directs ?


La concurrence a toujours été forte. Elle prend seulement des formes nouvelles : la startup utilisant une plateforme ne crée pas une concurrence différente de celle que présente un cabinet d’expert-comptable ou de conseil RH pour un avocat en droit social. La différence majeure est que le mouvement concurrentiel, hier signal faible, est aujourd’hui une lame de fond qui inquiète.

La crainte doit toutefois être relativisée car beaucoup de ces nouveaux acteurs entrés sur le marché du droit ne sont pas frontalement en concurrence avec les avocats. Tous ne survivront pas, d’ailleurs, aux particularités de cet écosystème exigeant. Pour cohabiter sereinement, les avocats doivent se poser deux questions : pourquoi ces startups se sont-elles créées et comment certaines rencontrent-elles le succès ?

L’avocat peut être serein s’il prend la mesure de ces enjeux et s’il comprend que sa déontologie, souvent considérée comme un frein, est un véritable atout concurrentiel sur le marché. Je ne peux que saluer ici le travail de l’Incubateur du Barreau de Paris qui travaille avec pédagogie pour faire changer les mentalités et bouger des lignes souvent trop rigides.

Récemment, la Cour de cassation a autorisé la notation des avocats par des sites tiers. Est-ce une bonne chose selon vous ?


La profession ne devait pas croire qu’elle échapperait longtemps aux nouveaux modes de consommation. Comme l’a montré l’arrêt de la Cour de cassation, rien ne justifie un statut d’exception à la profession dans sa relation aux consommateurs. La comparaison et la notation des avocats est donc possible. Ce n’est pas une mauvaise chose car il est évident que d’une manière ou d’une autre, les clients disposaient d’éléments pour s’orienter vers un avocat plutôt qu’un autre.

Dans ce contexte, on peut aussi remarquer qu’une certaine lecture des décisions de justice pouvait permettre une forme de notation et de comparaison des avocats. En triant par exemple les arrêts d’appel en 3 catégories (infirmation, confirmation partielle, confirmation totale), le suivi statistique du Garde des sceaux permet déjà de situer tel ou tel avocat sur une échelle objective de résultats judiciaires.

Il est certain que le big data, associé à des algorithmes, pourrait encore affiner cette approche. Je ne peux qu’inviter nos instances à se pencher sérieusement sur cette nouvelle réalité pour se donner les moyens d’être acteur et non spectateur du changement.

L’Incubateur du Barreau de Paris a d’ailleurs prévu de revenir sur le sujet du référencement et de la notation des avocats au cours d’un LegalMeUp qui se tiendra le 15 novembre à la Maison des avocats… À vos agendas !

 

Comment percevez-vous l’utilisation de plus en plus courante de l’intelligence artificielle dans le domaine juridique et plus précisément les technologies dites de « justice prédictive » ?


L’intelligence artificielle, telle qu’elle est le plus souvent présentée, n’en est pas vraiment une. Des progrès majeurs sont réalisés dans ce domaine qui en est encore à ses balbutiements. Néanmoins, il est évident que la pratique du métier d’avocat va être bouleversée et qu’il va falloir l’adapter.

Rien n’empêche les avocats de se saisir de cette intelligence artificielle pour améliorer leurs prestations.

De plus, qu’est-ce qu’il y aurait de plus normal pour les avocats que de s’approprier la justice prédictive, dans la mesure où ce sont les avocats qui participent à la création de la jurisprudence ?  Il est possible d’émettre des réserves sur une utilisation exclusive de ces outils pour la formalisation d’une prestation juridique. Une chose est certaine, l’humain reste incontournable en amont comme en aval de la création de la norme juridique.

À nouveau, les avocats doivent anticiper ces bouleversements et se présenter comme des pionniers engagés. La profession ne peut pas s’habituer à la réaction face aux révolutions.

Finalement, avez-vous une idée de ce que pourrait être “l’avocat du futur”, totalement en phase avec l’évolution rapide de la profession ?

L’avocat du futur sera assurément celui qui saura maîtriser les nouvelles technologies autant que le droit. Il aura bénéficié, dans le cadre de sa formation initiale, des enseignements utiles qui lui permettront, d’une part, de savoir se saisir des technologies et, d’autre part, de développer des compétences nouvelles, complémentaires à son savoir juridique à l’instar de la maîtrise des modes alternatifs de règlement des litiges.

L’avocat de demain saura travailler en collaboration avec des spécialistes de la technologie. Il pourrait ainsi évoluer dans des structures pluriprofessionnelles et compléter son approche juridique de l’expertise d’autres corps de métier. Il pourra aussi travailler un jour en Cabinet, le lendemain en entreprise et ce sans contrainte territoriale nationale ou internationale.

Cet avocat appuiera son activité principale sur les outils numériques qu’il aura financés et développés en interne ou auxquels il aura accès grâce à des partenaires et réseaux externes.

L’avocat du futur relèvera d’une profession unie, portée par une instance politiquement reconnue et dont la légitimité ne serait pas discutée. Ainsi représenté, il portera alors sans cesse les valeurs de son serment auprès des pouvoirs publics au bénéfice des justiciables.

Enfin, sa déontologie aura elle-aussi évolué pour lui permettre d’être en phase avec les besoins des justiciables tout en restant fermement attaché à ses principes fondamentaux.

 

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