Jeudi 12 octobre, l’AccorHotels Arena a accueilli la 3ème édition de la Bpifrance Inno Génération. Placée sous le signe de la transformation du monde, cette grand-messe de l’entreprenariat a réuni près de 30 000 participants venus assister à certains des 170 ateliers thématiques menés par un peu plus de 650 intervenants.

C’est l’atelier thématique dédié aux legaltechs qui a le plus retenu notre attention.

Capture d’écran 2017-10-16 à 16.24.34.pngDe gauche à droite : Laure Lavorel (CA Technologies, Cercle Montesquieu), Louis Larret-Chahine (Predictice), Philippe Wagner (Captain Contrat), Valentine Baudouin (eJust), Lise Damelet (Incubateur du Barreau de Paris), Marc Mossé (Microsoft/AFJE) et Olivier Chadueau (Day One)

Olivier Chaduteau, Managing Partner à Day One a mené les débats avec brio pendant un peu plus d’une heure. Il est notamment revenu sur les chiffres clés de la legaltech : on compte aujourd’hui une centaine de legaltechs en France, dont 60 créées en 2016. Il a également mis en avant les travaux de Day One sur la segmentation de ces différentes startups :

  • Les legaltechs pour le partage, qui se situe sur un marché mature
  • Les legaltechs pour la production, telles que Captain Contrat ou encore eJust
  • Les legaltechs d’aide à la décision comme Predictice

Comment ces startups contribuent-elles à une montée en puissance de l’expertise des juristes et avocats ? Retour sur un atelier riche en information.

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« Le juriste doit trouver sa valeur ajoutée »

Marc Mossé, Directeur des Affaires Juridiques et Publiques Europe chez Microsofta parfaitement résumé ce que serait le juriste de demain : un juriste augmenté qui peut se concentrer sur des tâches à haute valeur ajoutée. Les tâches sans valeur ajoutée évidente peuvent dès lors être déléguées aux différentes technologies qui sont offertes au juriste - toujours sous le contrôle de ce dernier. 

Tous les acteurs juridiques présents lors de cet atelier sont d’accord sur un point : la machine ne remplacera pas le juriste, car « il lui reste le temps de la décision, du conseil et de la stratégie » (Marc Mossé). Les legaltechs, celles qui sont « sérieuses », précise-t-on, sont un outil qui peut permettre au professionnel du droit d’avoir un métier plus intéressant, où il peut appréhender d’autres champs d’action où la stratégie sera plus importante que le simple « data crunching » délégué à la machine.

Laure Lavorel du Cercle Montesquieu en est persuadée : « cela va créer de nouvelles expertises (cyber-sécurité, block chain), de nouveaux métiers du droit. Certains métiers vont changer, mais d’autres apparaîtront également, ce qui aboutira à plus de métiers possibles pour les juristes. »

Valentine Baudouin d’eJust, la plateforme d’arbitrage au service des entreprises, partage également ce point de vue : « la technologie au service du droit, ce n’est pas moins de droit ni moins de justice, bien au contraire. »

 

Que recherchent les entreprises qui ont besoin d’un professionnel du droit à leurs côtés ?

Philippe Wagner de Captain Contrat a tenté de répondre à cette question primordiale afin de s’adapter à la demande :

« on a identifié chez les TPE et les PME un besoin d’accès à des prestations juridiques plus transparentes. Elles ont également besoin de simplicité d’accès et de réactivité. Nous avons commencé à concevoir cela du côté de l’avocat, nous nous sommes demandé comment segmenter le travail de l’avocat : que pouvons-nous automatiser, et, a contrario, qu’est-ce qui a de la valeur ? »

Les avocats et juristes comprennent l’intérêt de cette segmentation : Laure Lavorel explique que CA Technologies, où elle est Vice-Présidente Juridique pour la région EMEA, travaille sur des « pré-packages » mis à la disposition des équipes commerciales qui ne passeraient pas par la section juridique tandis que Marc Mossé préfère l’utilisation des bots, des outils qui donnent des réponses basiques afin de libérer du temps pour les équipes juridiques qui peuvent dès lors se consacrer à des tâches à plus haute valeur ajoutée.

 

Quid de la formation à ces nouveaux outils juridiques ?

C’est une chose de développer des outils technologiques qui ont pour objectif de révolutionner le métier de l’avocat et du juriste, mais encore faut-il pouvoir les utiliser.

Louis Larret-Chahine (CEO de Predictice) est revenu sur les crispations, notamment dans les établissements juridiques, autour des innovations qui touchent le métier. Il y a une vraie inquiétude des étudiants qui ne savent pas comment se positionner dans le futur.

A cela, Marc Mossé donne le point de vue de l'AFJE (Association Française des Juristes d'Entreprise) :

"La formation sur le numérique et les soft skills est indispensable. Les technologies ne doivent pas rester parallèles au métier de juriste, elles doivent être liées."

Encore une fois, le constat est unanime ;  le besoin de formation au numérique se fait sentir dès l’université, la France a un grand retard à combler à ce niveau alors qu’il existe déjà des cours pour lancer sa startup juridique outre-atlantique.

 

« On ne vend pas des paquets de lessive »

Autre point très intéressant soulevé par Lise Damelet : la difficulté pour les avocats à lever des fonds. En effet, sa déontologie lui interdit d’avoir des capitaux venant d’autres professions. Il faut dès lors réfléchir à une solution pour faire évolution cette situation, comme une plateforme de financement inter-cabinets d’avocat par exemple.

S’il n’y avait qu’une chose à retenir de la conférence, ce serait celle-ci : les legaltechs et les professionnels du droit doivent travailler main dans la main. L’apport stratégique d’un avocat à une affaire ne doit pas être sous-estimé, tout comme la génération automatique des documents ne doit pas être diabolisée.

Nous terminerons par une phrase de Marc Mossé qui résume très bien la situation :

« Nous induisons les changements, la machine nous obéit »

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